Thursday, May 9, 2024
Gate A-4 by Naomi Shihab Nye
Saturday, May 4, 2024
Le Traducteur en Lecteur
Dans un café situé non loin du musée Rodin, à Paris, je parcours laborieusement une petite édition de poche des sonnets de Louise Labé traduits en allemand par Rainer Maria Rilke. Pendant plusieurs années, Rilke a été le secrétaire de Rodin, et par la suite, devenu l'ami du sculpteur, il a écrit sur l'art du vieil homme un admirable essai. Il a habité quelque temps, dans l'immeuble qui devait devenir le musée Rodin, une pièce ensoleillée ornée de moulures de plâtre qui donnait sur un jardin à la française envahi par la végétation, où il songeait avec nostalgie à une chose qu'il pensait ne jamais pouvoir atteindre - une certaine vérité poétique que des générations de lecteurs ont cru, depuis, trouver dans son oeuvre. Cette chambre fût l'un de ses nombreux gîtes transitoires, d'hôtel en hôtel, et de château en château somptueux. "N'oubliez jamais que la solitude est mon lot, écrivait-il de chez Rodin à l'une des ses maîtresses, aussi transitoires que ses logements. J'implore tous ceux qui m'aiment d'aimer ma solitude." De ma table, au café, j'aperçois la fenêtre solitaire qui fut celle de Rilke ; s'il était là aujourd'hui, il pourrait me voir au loin, tout en bas, occupé à lire le livre qu'il devait un jour écrire. Sous le regard vigilant de son fantôme, je répète la fin du sonnet XIII:
auf seine Lippen ; und der Tod war sicher
noch süfser als das dasein, seliglicher.
Thursday, April 4, 2024
Whales Weep Not! by D.H. Lawrence
the hottest blood of all, and the wildest, the most urgent.
The right whales, the sperm-whales, the hammer-heads, the killers
there they blow, there they blow, hot wild white breath out of the sea!
Tuesday, March 19, 2024
A bit of bibliomancy for this spring equinox
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs;
Il est parmi vous qui recherchent les bavards de peur d'être seuls.
Le silence de la solitude révèle à leurs yeux leur moi dans sa nudité et ils voudraient s'enfuir.
Et il en est qui parlent, et sans savoir ou préméditation révèlent en vérité qu'ils ne comprennent pas eux-mêmes.
Et il en est qui ont la vérité en eux mais ne l'expérimente pas en paroles.
Dans le sein de ceux-ci l'esprit demeure dans le rythme du silence.
Le Prophète, Khalil Gibran, Casterman, p. 60-61
L'hommage physique consiste à s'incliner devant les objets du refuge. Les cinq parties du corps doivent toucher terre: les deux genoux, les paumes des deux mains et le front. Les paumes, pas seulement les poignets, doivent se poser à plat par terre. Pareillement le front. C'est ainsi que l'on fait une demi-prosternation. Pour la prosternation complète, c'est le corps entier qui est allongé au sol, comme un arbre tombé.
Du bonheur de vivre et de mourir en paix, Sa Sainteté Le Dalaï Lama, Calmann-Levy, p. 81
- C'est pourtant simple. Pour bien tuer les bêtes, il faut les bien connaître. Pour les connaître, il faut les aimer, et plus on les aime et davantage on les tue. C'est même pire que cela en vérité. C'est exactement dans la mesure où on les aime qu'on éprouve le besoin et la joie de les tuer. Et alors, qu'on ait faim ou non, que cela rapporte ou que cela coûte, avec ou sans licence, en terrain permis ou défendu, peu importe. S'il est beau, noble ou charmant, s'il vous touche au plus profond du coeur par sa puissance ou sa grâce, alors on tue, on tue... Pourquoi ?
- Je ne sais pas, dis-je. Peut-être l'instant où vous allez l'abattre est-il le seul où vous pouvez sentir que la bête est vraiment à vous.
- Peut-être, dit Bullit en haussant les épaules. Une troupe de gazelles passa au milieu de la clairière, sur le fond du Kilimandjaro. Leurs cornes très minces et rejetées loin en arrière, presque à l'horizontale, avaient la courbure d'une aile.
Bullit les accompagna du regard et dit :
- Aujourd'hui, j'ai l'âme pleine de joie à les voir, simplement à les voir. Mais autrefois, j'aurais choisi la plus grande, la plus légère, avec la plus belle robe, et je ne l'aurais pas manquée.
- C'est votre mariage qui a tout changé ? demandai-je.
- Non, dit Bullit. C'est arrivé avant que je rencontre Sybil. Et ça ne peut pas s'explique davantage. Un beau jour le coup part et l'animal tombe comme à l'ordinaire. Mais on se rend compte subitement que ça vous laisse indifférent. La joie du sang qui était plus forte que toutes les autres, eh bien, elle n'est plus là. (Bullit promena sa large paume sur la toison rouge qui couvrait son poitrail dénudé.) On continue par habitude jusqu' à un autre jour où l'on ne peut plus continuer. On aime les bêtes pour les voir vivre et non plus pour les faire mourir.
Le Lion, Joseph Kessel, folio, p. 72-73
Monday, October 30, 2023
Ancestors by Ada Limón
I've come here from the rocks, the bonelike chert, obsidian, lava rock. I've come here from the trees-chesnut, bay laurel, toyon, acacia, redwood, cedar
one thousand oaks that bend with moss and old man's beard.
I was born on a green couch on Carriger Road between the vineyards and the horse pasture.
I don't remember what I first saw, the brick of light that unhinged me from the beginning. I don't remember
my brother's face, my mother, my father.
Later, I remember leaves, through car windows,
through bedroom windows, through the classroom window,
the way they shaded and patterned the ground, all that power from roots. Imagine you must survive
without running? I've come from the lacing patterns of leaves,
I do not know where else I belong.
Wednesday, October 18, 2023
The Mad Pomegranate Tree by Odysseus Elytis
Whistling through vaulted arcades, tell me, is it the pomegranate tree
That leaps in the light, scattering its fruitful laughter
With windy willfulness and whispering, tell me, is it the mad pomegranate tree
That quivers with foliage newly born at dawn
Raising high its colours in a shiver of triumph?
When the harvest clover with their light brown arms
Roaming round the borders of their dreams, tell me, is it the mad pomegranate tree
Unsuspecting, that puts the lights in their verdant baskets
That floods their names with the singing of birds, tell me
Is it the mad pomegranate tree that combats the cloudy skies of the world?
Monday, May 2, 2022
We Have Come to be Danced by Jewel Mathieson
We have come to be danced.
Not the pretty pretty, pick me, pick me dance.
But the claw our way back into the belly.
Of the sacred, sensual animal dance.
The unhinged, unplugged, cat is out of the box dance.
The holding the precious moment in the palms.
Of our hands and feet dance.
We have come to be danced.
Not the jiffy booby, shake your booty for him dance.
But the wring the sadness from our skin dance.
The blow the chip off our shoulder dance.
The slap the apology from our posture dance.
We have come to be danced.
Not the monkey see, monkey do dance.
One two dance like you.
One two three dance like me dance.
But the grave robber, tomb stalker,
Tearing scabs and scars open dance.
The rub the rhythm raw against our soul dance.
We have come to be danced.
Not the nice, invisible, self-conscious shuffle.
But the matted-hair flying voodoo mama
Shaman shakin' ancient bones dance.
The strip us from our casings, return our wings.
Sharpen our claws and tongues dance.
The shed dead cells and slip into
The luminous skin of love dance.
We have come to be danced.
Not the hold our breath and wallow in the shallow end of the floor dance.
But the meeting of the trinity, the body breath and beat dance.
The shout hallelujah from the top of our thighs dance.
The mother may I? Yes you may take 10 giant leaps dance.
The olly olly oxen free free free dance.
The everyone can come to our heaven dance.
We have come to be danced.
Where the kingdom's collide.
In the cathedral of flesh.
To burn back into the light.
To unravel, to play, to fly, to pray.
To root in skin sanctuary.
We have come to be danced.
We have come.