Wednesday, October 7, 2020

The Measure of Charity


Charity is a love that fortifies the ones we love in the secrecy of their own being, their own integrity, their own contemplation of God, their own free charity for all who exist in Him. 

Such love leads to God because it comes from Him. It leads to a union between souls that is intimate as their own union with Him. The closer we are to God, the closer we are to those who are close to Him. We can come to understand others only by loving Him who understands them from within the depths of their own being. Otherwise we know them only by the surmises that are formed within the mirror of our own soul. 

...

God knows us from within ourselves, not as objects, not as strangers, not as intimates, but as our own selves. His knowledge of us is pure light of which our own self-knowledge is only a dim reflection. He knows us in Himself, not merely as images of something outside Him, but as "selves" in which His own self is expressed. 

He alone holds the secret of a charity by which we can love others not only as we love ourselves, but as He loves them. The beginning of this love is the will to let those we love be perfectly themselves, the resolution not to twist them to fit our own image. If in loving them we do not love what they are, but only their potential likeness to ourselves, then we do not love them: we only love the reflection of ourselves we find in them. Can this be charity?


Thomas Merton "No Man is an Island", London, 1955.

Monday, May 18, 2020

Emily Dickinson


Civilization - spurns - the Leopard!
Was the Leopard - bold?
Deserts - never rebuked her Satin -
Ethiop - her Gold -
Tawny - her Customs -
She was Conscious -
Spotted - her Dun Gown -
This was the Leopard's nature - Signor -
Need - a keeper - frown?

Pity - the Pard - that left her Asia -
Memories - of Palm -
Cannot be stifled - with Narcotic -
Not suppressed - with Balm -


A Choice of Emily Dickinson's Verse, Ted Hughes, 1968

Wednesday, April 8, 2020

The Old Threads are Unraveling



The old threads are unraveling, 
Get your needles ready.
We are stitching a new quilt of humanity.

Bring your old t-shirts, 
worn out jeans, scarves, 
antique gowns, aprons
old pockets of plenty
who have held Earth's treasures, 
stones, feathers, leaves
love notes on paper. 

Each stitch
A mindful meditation. 
Each piece of material
A story. 
The more color the better, 
so call in the tribes.
Threads of bones, whites, reds, oranges,
Women from all nations
start stitching. 

Let's recycle the hate, the abuse,
the fear, the judgment.
Turn it over, wash it clean, 
ring it out to dry. 
It's revolution of recycled wears. 
Threads of greens, blues, purples
Colorful threads of peace, kindess, 
respect, compassion are being stitched
from one continent to the next
over forest, oceans, mountains. 

The work is hard 
Your fingers may bleed. 
But each cloth stitched together
Brings together a community. 
A world, our future world
Under one colorful quilt. 
The new quilt of humanity. 

Julia Myers

Tuesday, March 3, 2020

Entretien avec Satish Kumar

Le premier enseignant invité au Schumacher College, en 1990, était le célèbre climatologue anglais James Lovelock, pour qui la Terre est un être vivant...

L’hypothèse Gaïa, de James Lovelock, énonce que l'ensemble du vivant de la Terre forme un superorganisme qui s’autorégule harmonieusement. Si l'on accepte cette idée, nous devons sortir d'une vision mécaniste ou chaque cause aura un effet déterminé. Il y a des effets de feedback et de boucle: une interdépendance constante, comme on s'en rend compte aujourd'hui avec le désordre climatique. Cette vision scientifique de Lovelock doit être complétée par la vision éthique d'Arne Naess, philosophe norvégien et fondateur de la deep ecology (écologie profonde), qui lui aussi est venu enseigner ici. Les plantes, les animaux, les rivières et les montagnes ont un droit intrinsèque a vivre.
Il n'y a pas un sujet "homme" et un objet "nature". Il n'y a que des sujets! Et tous dépendent les uns des autres. L'homme est a la fois l'observateur et l'observé. Avec Lovelock et Naess, nous commençons a nous approcher d'une science, que j'appelle de mes vœux, qui ne serait pas séparée de la spiritualité.

Et vous proposez a cette fin de cultiver un nouvel équilibre entre "la Terre, l’âme, la société".

J’étais en quête d'une trinité capable d'incarner notre nouvelle histoire : un paradigme neuf dont nous avons besoin pour penser les défis qui nous attendent. Car avec la Trinité chrétienne - Père, Fils et Saint -, on oublie la mère, la fille et la sainte matière. La trinité française "Liberté, Égalité, Fraternité" est magnifique, mais ne vise que l'homme et oublie la nature. Quant a la trinité new age du "Mind, Body, Spirit", elle néglige la société. D’où ma proposition : "la Terre, l’âme, la société". J'entends certains dire : "Je m'engage pour l'écologie." D'autres: "L'urgence, c'est le combat pour la justice sociale." D'autres encore : "Je médite car seul l’éveil spirituel compte." Ça ne peut pas marcher! Comme nous l'enseignons au Schumacher College, nous devons faire les trois a la fois: prendre soin de la Terre, c'est prendre soin de l’âme ; prendre soin de l’âme, c'est se donner les moyens de s'engager de manière juste en politique, et ainsi de militer en retour pour une société favorisant la vie de l’âme et la préservation de la nature. Car le changement ne viendra pas du sommet - dirigeants politiques ou multinationales -, mais de la base : d'une prise de conscience des gens ordinaires.

L’idée d'une "âme" est difficile a appréhender pour un esprit athée et moderne. Ce n'est pas un mot que nous employons volontiers. Comment la définissez-vous?

L’âme et la graine : le potentiel que chacun porte en lui. Elle est comme le gland pour le chêne. Notre intelligence, notre imagination, nos engagements sont comme les branches de l'arbre dont la graine est l’âme. Et de la même manière qu'un arbre a besoin d'un sol généreux pour s’élever, nous nous épanouissons grâce aux relations de respect, d'amour, d'entraide, que nous tissons avec les autres êtres vivants.


Et il n'y a pas de mauvaise graine?

Bien sur que non! L’idée d'un péché originel est tout simplement fausse. On ne la trouve pas, d'ailleurs, dans la parole du Christ. Elle vient plus tard, avec Augustin notamment. Mais l'univers est bienveillant : contrairement a la théologie chrétienne, qui continue d’imprégner les mœurs occidentales, je suis convaincu que nous jouissons d'une b
énédiction originelle. La "révolution de l'amour", comme on disait du temps de ma jeunesse, doit commencer par un acte de paix envers soi-même.

Face a l'urgence écologique, nous n'entendons pas beaucoup de mots d'amour. Les activistes misent plutôt sur la peur...

C'est une erreur. Si vous êtes motivé par la peur, vous ne connaitrez que désillusion. J'admire Greta Thunberg, mais je l'ai mise en garde : si tu agis par peur, tu seras forcement déçue par le résultat de ton action. Cela ne se passe jamais comme on veut. Alors que si nous agissons par amour, chacune de nos actions, même la plus quotidienne, est un accomplissement, une joie, elle se suffit a elle-même. Agissons en confiance. Nous réusssissons? C'est un cadeau de l'univers! Nous ne réussissons pas? Cela valait malgré tout la peine d’être fait.

Il s'agit donc d'agir, mais sans s'attacher au résultat?

Je reste convaincu que nous pouvons aller vers une société meilleure. Mais ça ne peut pas être un objectif mesurable, planifiable, maitrisable. C'est un voyage : un pas après l'autre, une action après l'autre. Attentif a ce qui, imprévu, émerge et nous appelle.

Par Philippe Nassif pour Madame Figaro


Friday, January 24, 2020

Do Not Go to the Garden of Flowers


Do not go to the garden of flowers!
O friend, go not there;
In your body is the garden of flowers. 
Take your seat on the thousand petals of the lotus
And there gaze on the Infinite Beauty.

Kabir 

Saturday, May 25, 2019

Besoin de Féminité

La seule chose que j'ai vue dans ma mère,  c'est l'amour. Ça faisait passer tout le reste - comme avec toutes les femmes... J'ai été formé par un regard d'amour d'une femme.  J'ai donc aimé les femmes. Pas trop, parce qu'on ne peut pas les aimer assez. C'est une affaire entendue: j'ai cherché la féminité toute ma vie. Et sans ça, il n'y a pas d'homme. Si on appelle ça être marqué par une mère, moi, je veux bien - et j'en redemande. Je le recommande. Je le conseille vivement. Je ne sens même pas que je suis acquitté de ma dette. Les femmes, je n'ai pas su les aimer, je n'ai pas su donner, j’étais trop maigre à l’intérieur, mais je leur ai donné le peu qu'il restait, parce que la littérature prenait beaucoup.
J'ai été entoure de tendresse, dans mon enfance, et cela fait que j'ai besoin de féminité autour de moi, et que j'ai toujours fait mon possible pour développer cette part de féminité que tout homme possède en lui, s'il est capable d'aimer. C'est parfaitement vrai, mais j'ai comme une vague impression que les mères sont là justement pour ça, pour créer ce besoin, cette part de féminité sans laquelle il n'y aurait jamais eu de civilisation. Un homme qui n'a pas en lui une part de féminité - ne serait-ce que comme un état de manque - , d'aspiration, c'est une demi-portion.  La première chose qui vient à l'esprit, lorsqu'on dit "civilisation", c'est une certaine douceur, une certaine tendresse maternelle...
Si les choix politiques sont aujourd'hui si difficiles, c'est que pour l'essentiel, toutes les forces en présence se réclament justement de la force, de la lutte, des victoires, du poing, de la masculinité en veux-tu en voilà. Jette un coup d'oeil sur les photos de l’Assemblée nationale. Rien que du mâle, la-dedans, pouah... Des belles têtes de machos sur pied. Tu prends Messmer ou Mitterand, c'est des vraies têtes romaines, du buste, du gladiateur, du pareil au même, du laurier derrière les oreilles, du millénaire... Pas une voix féminine dans le concert des voix sur l'Europe... C'est pourquoi d'ailleurs on fait une Europe du boeuf et du lard. Pas trace de maternité, dans tout ça... Tant qu'on ne verra pas à la tribune de l’Assemblée nationale une femme enceinte, chaque fois que vous parlez de la France, vous mentirez! Il y a dans le monde politique une absence effrayante de mains féminines...

Extraits de La nuit sera calme de Romain Gary

"Si vous regardez la parole du Christ, elles est essentiellement féminine. La voix du Christ
était une voix de femme, du moins au sens traditionnel que l'on donne a ce terme. Tendresse, pitié, amour, bonté, pardon. Mais ces vertus sont totalement absentes de deux mille ans de notre civilisation. En dehors de l'inégalité hommes-femmes, qui est évidente, il faut une transformation des valeurs masculines en valeurs féminines.
C'est pourquoi je ne comprends pas les mouvements féministes qui se réclament d'une sorte de masculinité, a part égale avec les hommes. Elles devraient au contraire se retrancher de plus en plus, et élaborer des valeurs féminines pour en féconder notre civilisation. Mais c'est sans doute une vue un peu trop idéaliste des choses. 
Le drame des hommes et des femmes, en dehors des situations d'amour, en dehors des situation d'attachement profond, est une sort d'absence de fraternité." 
Romain Gary
Extraits de Jacques Chancel, Radioscopie 

Thursday, April 25, 2019

Letter to a Hostage by Saint-Exupéry

"Then the miracle happened. Oh! a very discreet miracle. I had no cigarette. As one of my guards was smoking, I asked him, by gesture, showing the vestige of a smile, if he would give me one. The man first stretched himself, slowly passed his hand across his brow, raised his eyes, no longer to my tie but to my face, and, to my great astonishment, he also attempted a smile. It was like the dawning of the day.
This miracle did not conclude the tragedy, it removed it altogether, as light does shadow. There had been no tragedy. This miracle altered nothing visible. The feeble oil lamp, the table scattered with papers, the men propped against the wall, the colors, the smell, everything remained unchanged. Yet everything was transformed in its very substance. That smile saved me. It was a sign just as final, as obvious in its future consequences, as unchangeable as the rising of the sun. It marked the beginning of a new era. Nothing had changed, everything was changed. The table scattered with papers became alive. The oil lamp became alive. The walls were alive. The boredom dripping from every lifeless thing in that cellar grew lighter as if by magic. It seemed that an invisible stream of blood had started flowing again, connecting all things in the same body, and restoring to them their significance.

The men had not moved either, but, though a minute earlier they had seemed to be farther away from me than an antediluvian species, now they grew into contemporary life. I had an extraordinary feeling of presence. That is it: of presence. And I was aware of a connection.

The boy who had smiled at me, and who, until a few minutes before, had been nothing but a function, a tool, a kind of monstrous insect, appeared now rather awkward, almost shy, of a wonderful shyness — that terrorist! He was no less a brute than any other. But the revelation of the man in him shed such a light upon his vulnerable side! We men assume haughty airs, but within the depth of our hearts, we know hesitation, doubt, grief.

Nothing had yet been said. Yet everything was resolved."